Le mot du metteur en scène

Transversalité est sans aucun doute le mot qui définirait le plus fidèlement les ambitions du Théâtre de la Coche. Il ne s’agit pas d’en faire une compagnie fourre-tout, où on érige en spectacle un amoncellement d’improvisations hasardeuses, ennuyeuses. Il s’agit d’avoir l’audace pour redonner au théâtre souffle et inventivité.

Nous voulons créer des spectacles théâtraux liés à la musique, à la danse. Nous porterons une grande attention à questionner sans cesse le travail de l’acteur. De quels outils a-t-il besoin pour raconter telle histoire ? Nous n’hésiterons pas à re questionner les langages habituels et les codes traditionnels. Nous oserons puiser dans ce qui se fait ailleurs. Observer la théâtralité sous toutes ses formes.

Le Théâtre de La Coche a la volonté de s’inscrire dans un territoire. Non pas dans un esprit de clocher, refermé sur soi, et finalement stérile. Non. Nous voulons nous appuyer sur un socle ; et ce socle c’est la ville, le pays brestois, la région. Oui, nous avons la certitude que certaines formes de spectacles sont possibles ici, comme le « théâtre musical » par exemple. Ou le spectacle théâtral historique. Et surtout oser intégrer des amateurs aux projets ! Un public qui met la main à la pâte est évidemment exigeant, passionné, énergique. Et c’est sur cela que nous allons nous appuyer pour créer, pour occuper l’espace de la Cité ! Là est la modernité !

Où doit se montrer le théâtre ? Où doivent se dire les textes ? Quels textes ? Faut-il à tout prix des mots ? Et enfin, doit-on toujours ranger les arts de la scène dans des catégories distinctes ? Eh bien non ! Nos tragédies classiques se joueront dans la rue et les places publiques ! Et nos fresques historiques sous les toits des Capucins !

J’ose le mot : « total » Spectacle total. Totalement et constamment placé sous la tutelle de Dionysos et d’Apollon. Autrement dit : naviguer sur les rives du chaos et du barbarisme de la rigueur. Tout peut se mettre au service de l’art si on lui donne un sens. Telle était la vision testamentaire d’Edouard Glissant, mon maître à penser, au sujet de l’art du 22è siècle…

Le Théâtre de La Coche veut permettre l’éclosion. Avec des partitions nouvelles pour ses spectacles, des musiques originales. Permettre à des auteurs, inconnus encore, de s’exprimer ; des chorégraphes, des chanteurs, des photographes, des vidéastes, des stylistes, etc. Bref tous ceux qui voudront inventer à chaque nouvelle aventure de la compagnie ! Nous prétendons insuffler l’élan suffisant aux artistes pour créer les conditions de la confiance qui libère le geste créateur !

Travailler avec des artistiques de divers horizons, permettre leur rencontre avec notre région, échanger, partager. Car, nous avons en tête de pouvoir créer des spectacles de toutes pièces : l’idée, l’histoire, le livret, la musique, les chorégraphies etc . Pour raconter le monde. Il faut donc quelque part aller vers ce monde ou le faire venir à nous ! Les projets de La Coche seront les fruits de toutes ces collaborations et explorations.

La transversalité est donc tout ça. De l’audace mêlée à une grande ouverture des horizons. Dans l’écriture. Dans le jeu. Dans la mise en scène. Et surtout d’associer les artistes bretons à ce vaste chantier. Il s’agit de concentrer des artistes de divers horizons, de les confronter à d’autres univers, de les faire se rencontrer sur un projet, qu’ils se bousculent, qu’ils s’enrichissent du travail de l’autre et construisent à chaque fois un spectacle original, unique.

Cependant, nous ne nous enfermerons pas dans l’autosuffisance bretonne, une sorte de protectionnisme artistique autarcique qui ne donnerait rien de bon. Tout ce travail sera ouvert à des artistes d’ailleurs, approchés avant tout par leur intérêt pour notre démarche.

Brest a vu naître cette compagnie presque logiquement.

Bon nombre des artistes approchés en vue de réaliser les projets du Théâtre de la Coche se sont tous, quasiment, déjà rencontrés sur la scène du Stella, sur des spectacles portés par la mission de la Maison du Théâtre. Le constat est que souvent, ces rencontres se sont limitées à un ou deux projets. C’est dommage, car il y a du talent. La demande est même grande à ce niveau : se rencontrer et créer ensemble ! Et donc, l’objectif est de retrouver régulièrement ces artistes, les immerger dans des entreprises nouvelles, des travaux de recherche intensifs, les pousser à défricher d’autres terres non encore foulées. Danseurs, comédiens, musiciens bretons seront les piliers des projets du Théâtre de la Coche.

Associer aussi les établissements de formation de la région pour la fabrication des costumes, des éléments scénographiques, etc ! Comme nous l’avons fait sur Brest au temps de Lapérouse pour « les Tonnerres de Brest 2012 » qui a permis d’établir une vraie collaboration entre les élèves et les professionnels de La Coche.

L’âme de Brest n’est pas dans les vieilles pierres. Elle réside dans sa faculté d’audace, dans ses perspectives, dans cet horizon impalpable et ce cadre sans fin que permet l’irréparable perte d’une grande partie de son passé à jamais enfoui sous nos pas, nos rails et nos pavés. Mais ce piétinement incessant, avec le temps, a dessiné d’innombrables pages, toutes blanches ; et Brest, n’attendant que nos mots, nos pinceaux, nos arabesques et nos clés de sol, s’enorgueillit déjà d’être si inspirateur…

Steeve Brudey

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